Lit de chambre d’hôtel dans la pénombre, rai de lumière sur l’oreiller, illustration du sommeil la première nuit à l’hôtel

Sommeil et énergie

Pourquoi on dort mal la première nuit à l’hôtel

Par L’équipe scientifique Nomadist Lab · 6 min de lecture · Mis à jour le 01/10/2026

Le lit est confortable, la chambre silencieuse, vous êtes épuisé, et pourtant le sommeil ne vient pas. Ou bien il vient, mais léger, entrecoupé, attentif au moindre bruit de couloir. Ce n’est pas une impression : les chercheurs connaissent ce phénomène depuis les années 1960, sous le nom d’« effet de la première nuit ». On sait aujourd’hui d’où il vient, et comment en limiter les effets.

Un cerveau qui monte la garde

Dans les laboratoires du sommeil, les chercheurs ont l’habitude de ne pas tenir compte de la première nuit d’enregistrement : elle est presque toujours moins bonne que les suivantes. On s’endort plus tard, on se réveille plus souvent, et le sommeil profond est réduit. C’est l’effet de la première nuit.

En 2016, une équipe de l’université Brown a découvert son mécanisme. En enregistrant l’activité des deux hémisphères du cerveau pendant le sommeil, elle a montré que, la première nuit dans un lieu inconnu, l’un des deux hémisphères, le gauche, dort moins profondément que l’autre, en particulier dans un ensemble de régions appelé « réseau du mode par défaut », actif quand l’esprit est au repos. Cet hémisphère réagit davantage aux sons inhabituels, et provoque des réveils plus rapides quand un bruit suspect survient1. Autrement dit, une moitié du cerveau monte la garde. Cette asymétrie disparaît les nuits suivantes, quand l’environnement devient familier.

C’est un mécanisme de protection ancien, que l’on retrouve chez certains oiseaux et mammifères marins, qui dorment littéralement d’un seul hémisphère. Pour un voyageur, c’est simplement une première nuit de moins bonne qualité, qui s’ajoute souvent au décalage horaire.

La température, premier réglage

Pour s’endormir, le corps doit abaisser légèrement sa température interne. Une chambre trop chaude gêne ce processus. Une revue de la recherche sur le sujet montre que la chaleur augmente les éveils nocturnes et réduit le sommeil profond ainsi que le sommeil paradoxal, et que l’humidité accentue encore cet effet2. Or les chambres d’hôtel sont souvent surchauffées en hiver et climatisées de façon irrégulière en été.

Mieux vaut donc une chambre fraîche et bien aérée qu’une chambre chaude, avec une couette adaptée plutôt qu’un chauffage poussé. Réglez le thermostat dès votre arrivée, plutôt qu’au moment du coucher, pour que la pièce ait le temps de se rafraîchir.

La lumière, même faible, retarde la nuit

La lumière du soir freine la sécrétion de mélatonine, l’hormone qui signale la nuit à l’organisme. Une étude de l’université Harvard l’a mesuré précisément : une simple lumière de pièce, allumée dans les heures qui précèdent le coucher, retarde le début de la sécrétion de mélatonine chez 99 % des participants et raccourcit sa durée d’environ 90 minutes3. Les écrans, les plafonniers et les lumières de veille des chambres d’hôtel ont le même effet.

Le soir, préférez les lampes de chevet aux plafonniers, baissez la luminosité des écrans, et fermez entièrement les rideaux occultants. Le matin, en revanche, ouvrez-les grand : la lumière du jour aide l’horloge interne à se caler sur l’heure locale.

Le bruit, que le cerveau en veille repère plus facilement

La première nuit, l’hémisphère en veille est précisément celui qui réagit aux sons inhabituels. Ascenseur, couloir, climatisation, circulation : des bruits qui ne vous réveilleraient pas chez vous peuvent interrompre votre sommeil à l’hôtel. L’Organisation mondiale de la santé recommande que le bruit nocturne extérieur ne dépasse pas 40 décibels en moyenne pour protéger le sommeil4, un seuil souvent dépassé en ville.

Les bouchons d’oreilles et les masques de nuit sont des outils simples et efficaces : dans un essai mené en soins intensifs, un environnement particulièrement bruyant et éclairé, les patients qui en portaient, associés à une musique relaxante, ont rapporté un sommeil plus profond et moins de réveils5.

Recréer ses repères

Puisque l’effet de la première nuit vient de la nouveauté du lieu, tout ce qui le rend familier aide le cerveau à relâcher sa vigilance.

  • Gardez votre rituel du soir : même heure, même lecture, même routine de coucher qu’à la maison.
  • Emportez un repère sensoriel : une taie d’oreiller, un tee-shirt, une odeur familière.
  • Choisissez bien votre chambre : en étage, loin de l’ascenseur, des machines à glace et de la rue.
  • Découvrez la chambre avant de vous coucher : repérer les lieux, la salle de bains, les interrupteurs, réduit le sentiment d’inconnu.
  • Si vous pouvez, arrivez un jour plus tôt pour une réunion importante : la deuxième nuit est presque toujours meilleure.

Quand le décalage horaire s’en mêle

Après un long vol, l’effet de la première nuit se cumule avec le décalage horaire : votre horloge interne peut indiquer le milieu de l’après-midi au moment où vous vous couchez. Les deux phénomènes se traitent ensemble : lumière du matin, coucher à l’heure locale, chambre fraîche et sombre. La mélatonine, prise peu avant le coucher le premier jour du voyage et les quelques jours suivant l’arrivée, aide à atténuer les effets du décalage horaire6. Notre article Décalage horaire : ce qui se passe vraiment dans votre corps détaille ces leviers.

Questions fréquentes

Pourquoi dort-on mal la première nuit à l’hôtel ?

Dans un lieu inconnu, une partie du cerveau reste plus vigilante pendant le sommeil pour surveiller l’environnement. Le sommeil est plus léger, et les bruits inhabituels réveillent plus facilement. Cet effet diminue fortement dès la deuxième nuit.

Faut-il dormir au chaud ou au frais ?

Une chambre fraîche et bien aérée est préférable à une chambre chaude. La chaleur et l’humidité augmentent les réveils nocturnes et réduisent le sommeil profond, alors qu’une couette adaptée suffit à compenser une pièce fraîche.

Les bouchons d’oreilles sont-ils vraiment utiles ?

Oui, surtout la première nuit, quand le cerveau réagit davantage aux bruits inhabituels. Associés à un masque de nuit, ils améliorent la qualité du sommeil ressentie dans les environnements bruyants et éclairés.

L’effet de la première nuit touche-t-il tout le monde ?

Il est très fréquent, mais d’intensité variable. Les voyageurs réguliers qui dorment souvent à l’hôtel peuvent le ressentir moins, en particulier s’ils ont des rituels de coucher bien installés.

Sources

  1. Tamaki M, Bang JW, Watanabe T, Sasaki Y. Night watch in one brain hemisphere during sleep associated with the first-night effect in humans. Current Biology, 2016;26(9):1190-1194. PubMed
  2. Okamoto-Mizuno K, Mizuno K. Effects of thermal environment on sleep and circadian rhythm. Journal of Physiological Anthropology, 2012;31(1):14. PubMed
  3. Gooley JJ, et al. Exposure to room light before bedtime suppresses melatonin onset and shortens melatonin duration in humans. The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 2011;96(3):E463-E472. PubMed
  4. Organisation mondiale de la santé, Bureau régional de l’Europe. Night noise guidelines for Europe, 2009. who.int
  5. Hu RF, et al. Effects of earplugs and eye masks combined with relaxing music on sleep, melatonin and cortisol levels in ICU patients: a randomized controlled trial. Critical Care, 2015;19:115. PubMed
  6. Règlement (UE) n°432/2012 de la Commission établissant une liste des allégations de santé autorisées portant sur les denrées alimentaires. EUR-Lex

Cet article est fourni à titre d’information générale et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Si vos troubles du sommeil persistent au-delà du voyage, consultez un médecin. Les compléments alimentaires ne se substituent pas à une alimentation variée et équilibrée et à un mode de vie sain.

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