Passagère marchant dans l’allée d’un avion, illustration de la circulation et des jambes lourdes en vol

L’avion et le corps

Jambes lourdes et circulation en vol

Par L’équipe scientifique Nomadist Lab · 7 min de lecture · Mis à jour le 01/10/2026

Chevilles gonflées, chaussures qui serrent à l’atterrissage, sensation de jambes lourdes au moment de se lever : après un long-courrier, presque tout le monde l’a ressenti. Le plus souvent, c’est un inconfort passager, lié au fait de rester assis des heures. Mais la position assise prolongée en avion a aussi fait l’objet de nombreuses études sur la circulation veineuse. Voici ce qu’elles montrent, et les gestes simples qui font la différence.

Pourquoi les jambes gonflent en vol

Le sang des jambes remonte vers le cœur contre la gravité. Pour y parvenir, il compte sur une aide précieuse : les muscles du mollet. À chaque pas, en se contractant, ils compriment les veines et poussent le sang vers le haut, un peu comme une pompe. C’est ce que l’on appelle souvent le « cœur périphérique ».

En avion, cette pompe est presque à l’arrêt. Assis pendant des heures, genoux pliés, l’espace pour les jambes réduit, on marche peu. Le sang circule plus lentement dans les veines des jambes, et une partie des liquides passe dans les tissus. Résultat : des chevilles qui gonflent, une sensation de lourdeur, parfois des fourmillements. Ce gonflement disparaît généralement en quelques heures, une fois que l’on se remet à marcher.

Le vrai sujet : la thrombose veineuse

Au-delà de l’inconfort, la position assise prolongée favorise la formation de caillots dans les veines profondes des jambes, la thrombose veineuse. On l’a parfois appelée « syndrome de la classe économique », un nom trompeur, car le risque existe aussi en classe affaires, en voiture ou en train lors de longs trajets.

Une vaste étude de l’université de Leyde, aux Pays-Bas, a suivi pendant cinq ans près de 9 000 employés d’organisations internationales, grands voyageurs par définition. Dans les huit semaines suivant un vol d’au moins quatre heures, le risque de thrombose était multiplié par 3,2. En valeur absolue, il restait faible : environ un cas pour 4 656 vols long-courriers. Le risque était plus élevé dans les deux premières semaines suivant le vol, augmentait avec la durée des vols et leur répétition rapprochée, et concernait davantage les femmes sous contraception orale ainsi que les personnes de très petite ou très grande taille, ou en surpoids1.

L’immobilité n’explique pas tout. Des chercheurs néerlandais ont comparé, chez les mêmes volontaires, un vol de huit heures, huit heures assis devant des films et une journée ordinaire. Seul le vol a activé la coagulation sanguine chez une partie des participants, surtout chez des femmes sous contraception orale porteuses d’une prédisposition génétique à la thrombose2. L’environnement de la cabine, avec sa pression réduite, semble jouer un rôle propre, comme nous l’expliquons dans Air sec, altitude, pression : ce que 8 heures en cabine font à votre corps.

Bouger, la meilleure prévention

Les recommandations de l’American College of Chest Physicians conseillent aux voyageurs à risque de marcher régulièrement, de faire travailler les muscles du mollet et, si possible, de choisir un siège côté couloir3. Ces gestes ne coûtent rien et soulagent aussi la sensation de jambes lourdes, quel que soit votre profil.

À votre siège, toutes les heures

  • Pointes et talons : pieds au sol, levez les talons en gardant les orteils posés, puis l’inverse. Une vingtaine de fois.
  • Cercles de chevilles : pied légèrement soulevé, dessinez des cercles lents dans un sens puis dans l’autre.
  • Genou vers la poitrine : ramenez doucement un genou vers vous, tenez quelques secondes, puis changez de jambe.

Dans l’allée

Dès que la consigne lumineuse le permet, levez-vous et marchez quelques minutes, jusqu’à l’arrière de l’appareil par exemple. Pendant la marche, la pompe du mollet se remet en route.

Ce qui aide aussi

  • Ne croisez pas les jambes pendant de longues périodes, et évitez de glisser un bagage sous le siège devant vous si cela vous empêche d’allonger les jambes.
  • Portez des vêtements amples, sans ceinture ni chaussettes qui serrent.
  • Buvez de l’eau régulièrement : l’air de la cabine est très sec. Un verre à chaque passage du chariot est un bon repère, et l’alcool est à limiter.
  • Attention aux longues siestes immobiles : un somnifère qui vous fait dormir des heures, recroquevillé côté hublot, prolonge l’immobilité.

Les bas de contention, efficaces ?

Oui, les données sont solides. Une revue de la collaboration Cochrane a rassemblé douze essais randomisés incluant près de 2 900 passagers, sur des vols de plus de cinq heures. Chez ceux qui portaient des bas de contention, les thromboses silencieuses, détectées par échographie sans provoquer de symptômes, étaient environ dix fois moins fréquentes. Les bas réduisaient aussi le gonflement des jambes, et aucun effet indésirable notable n’a été rapporté4.

Les recommandations de l’American College of Chest Physicians les conseillent en priorité aux voyageurs à risque : antécédent de thrombose, chirurgie ou traumatisme récent, cancer, grossesse, traitement hormonal, âge avancé, mobilité réduite, obésité importante. Il s’agit de bas arrivant sous le genou, bien ajustés, exerçant une pression modérée à la cheville3. Pour le choix de la taille et de la classe de compression, demandez conseil à votre pharmacien.

Quand consulter

Un gonflement léger et symétrique des deux chevilles, qui disparaît en quelques heures, est banal. En revanche, une douleur, une chaleur, une rougeur ou un gonflement d’un seul mollet, dans les jours ou les semaines qui suivent un vol, doivent conduire à consulter rapidement. Un essoufflement soudain ou une douleur thoracique imposent d’appeler les secours. Si vous avez déjà eu une thrombose ou présentez un facteur de risque, parlez de vos voyages en avion à votre médecin avant de partir.

Questions fréquentes

Pourquoi a-t-on les jambes gonflées après un vol ?

Assis et immobile pendant des heures, on ne fait plus travailler les muscles du mollet, qui aident le sang à remonter vers le cœur. Le sang circule plus lentement dans les jambes et des liquides s’accumulent dans les chevilles. Ce gonflement disparaît généralement en quelques heures de marche.

Le risque de phlébite en avion est-il élevé ?

Il augmente, environ trois fois, après un vol de plus de quatre heures, mais il reste faible en valeur absolue : de l’ordre d’un cas pour 4 600 vols long-courriers. Il est plus élevé chez les personnes présentant des facteurs de risque et augmente avec la durée et la répétition des vols.

Faut-il porter des bas de contention en avion ?

Ils réduisent nettement le risque de thrombose silencieuse et le gonflement des jambes. Ils sont surtout recommandés aux personnes à risque : antécédent de thrombose, grossesse, traitement hormonal, chirurgie récente, mobilité réduite ou obésité importante. Votre pharmacien peut vous aider à choisir la bonne taille.

Quels exercices faire pendant un long vol ?

Toutes les heures, alternez pointes et talons une vingtaine de fois, dessinez des cercles avec les chevilles et ramenez doucement chaque genou vers la poitrine. Levez-vous et marchez dans l’allée dès que c’est possible.

Sources

  1. Kuipers S, Cannegieter SC, Middeldorp S, et al. The absolute risk of venous thrombosis after air travel: a cohort study of 8,755 employees of international organisations. PLoS Medicine, 2007;4(9):e290. PubMed
  2. Schreijer AJ, Cannegieter SC, Meijers JC, et al. Activation of coagulation system during air travel: a crossover study. The Lancet, 2006;367(9513):832-838. PubMed
  3. Kahn SR, Lim W, Dunn AS, et al. Prevention of VTE in nonsurgical patients: Antithrombotic Therapy and Prevention of Thrombosis, 9th ed: American College of Chest Physicians Evidence-Based Clinical Practice Guidelines. Chest, 2012;141(2 Suppl):e195S-e226S. PubMed
  4. Clarke MJ, Broderick C, Hopewell S, et al. Compression stockings for preventing deep vein thrombosis in airline passengers. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2021;4:CD004002. PubMed

Cet article est fourni à titre d’information générale et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Les compléments alimentaires ne se substituent pas à une alimentation variée et équilibrée et à un mode de vie sain.

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